Carlos Salguero Hoffmann

«Parfois nous voyons un nuage en forme de dragon …» — Shakespeare, Antoine et Cléopâtre, IV-15

Autoportrait

About

Carlos Salguero Hoffmann[i]

Architecte, dessinateur.

Le dessin, entre analyse et expression

Pour moi, le dessin a toujours été bien plus qu’un outil d’architecte : un langage, une méthode d’analyse et un moyen de communication. Pendant mes études à l’Université de Buenos Aires, j’ai fréquenté l’atelier Estímulo de Bellas Artes pour approfondir mes compétences en dessin architectural. Les séances de fusain sur modèles nus m’ont ouvert de nouvelles perspectives, bien au-delà des points de fuite.

Un subconscient visuel nourri d’influences éclectiques

Mes inspirations sont aussi variées que marquantes. Parmi les premières, les illustrations de John Flaxman pour les œuvres d’Homère ont laissé une empreinte durable. Les créations d’artistes et d’architectes, ainsi que les reproductions d’œuvres découvertes dans les librairies de la calle Corrientes à Buenos Aires ou des  œuvres originales redécouvertes dans les musées et villes que j’ai pu visiter en Europe, en Chine ou dans les Etats Unis, ont façonné mon imaginaire.

A ce background s’ajoutent aujourd’hui les multiples images transmises dans les publications de media au gré des algorithmes, sans filtre. Le réel et l’imaginaire, le vrai et le vraisemblable, le vérifiable et le faux.

La série Ututo : un hommage à la mémoire de mon père

Aujourd’hui, cet héritage visuel s’incarne dans la série Ututo, inspirée principalement des photographies de mon père, Juan Carlos Salguero[ii], prises dans le nord-ouest de l’Argentine, à Salta.  Là-bas, le carnaval[iii] est une explosion de couleurs, de musique et de traditions : batailles d’eau, de farine et de peinture, défilés de comparses masquées, et bals endiablés. Ututo est un hommage à ces moments, à ces lieux, et à la mémoire de mon père.

Une exploration libre

Cette série, réalisée au graphite, à l’encre de Chine et à l’aquarelle, célèbre la liberté du dessin : une représentation sans limites de formes réelles ou imaginaires, d’idées et de concepts sur une surface en deux dimensions. L’exposition « Dessins sans limites » du Centre Pompidou en est une illustration parfaite. C’est cette même liberté, alliée à la rapidité d’exécution, qui a permis la formalisation d’Ututo.

Une œuvre ouverte et en évolution

Ututo est une série délibérément incomplète, en construction, ouverte à l’interprétation et à l’ajout de nouveaux dessins. Les esquisses initiales au crayon ont cédé la place à des traits d’encre de Chine, parfois rehaussés de couleurs à l’encre ou à l’aquarelle. Chaque dessin, porteur de multiples lectures, invite le spectateur à voir « une chose dans une autre », selon la perception de chacun[1].

Une structure narrative en quatre temps

La série s’articule autour de quatre thèmes :

  • Les cerros, don’t la couleur défie la palette de l’artiste,
  • Les gauchos de Salta avec leurs ponchos typiques en rouge et noir,
  • Le carnaval “carpero” avec les batailles de peinture, les danses, le vin et la chicha,
  • Le masques, les comparses,

La couleur rouge, comme un fil d’Ariadne relie chaque élément.

Un projet en mouvement

La série reste ouverte, car le sujet est infini — tout comme les possibilités d’interprétation.

Carlos Salguero Hoffmann

Saint Germain-en-laye, 2026


[1] David Hockney & Martin Gayford dans le livre « Une histoire des images » développent le principe selon lequel «  l’ensemble de la représentation repose sur notre capacité de voir une chose dans une autre ». Le principe est illustré avec une phrase tirée de Shakespeare : « Nous voyons parfois un nuage comme un dragon, … »


[i] En 1982, diplômés en architecture et jeunes mariés, Claudia et moi avons quitté Buenos Aires pour nous établir en France. 

Nous avons eu la possibilité de retourner en Argentine à plusieurs reprises à titre personnel accompagnés de nos enfants Agnès et Thomas,  ainsi qu’à titre professionnel.

Dans nos activités professionnelles nous nous sommes très tôt intéressés à l’application de l’informatique à la modélisation de l’espace urbain et architectural par l’utilisation d’images

[ii] Les photos du carnaval de Salta étaient accompagnées d’un texte enregistré par Juan Carlos Salguero. Le texte est publié ici.

[iii] Le carnaval peut être considéré une sorte de «dérèglement réglé du renversement du monde », pendant lequel tous les retournements seraient permis. »